Dépendance au jeu et coût social en Suisse - Résultats de deux études

Communiqués, CFMJ, 26.06.2009

Berne. La Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ) a présenté aujourd’hui les résultats de deux études, l’une portant sur la répartition de l’addiction aux jeux de hasard en général et l’autre sur les coûts sociaux des jeux de hasard dans les casinos. En Suisse, environ 120'600 personnes jouent de manière excessive à des jeux de hasard. Ces chiffres semblent être restés constants depuis plusieurs années. Près de 20% des personnes à problème jouent dans les casinos. Par an et par cas, les joueurs de casino excessifs génèrent 2'979.- Fr de coûts sociaux. La problématique ne disparaîtrait néanmoins pas s’il n’y avait pas de casinos en Suisse.

En mars 2007, le Conseil fédéral a notamment chargé la CFMJ d’examiner les bases légales en matière de protection sociale et de lui présenter, en automne 2009, un rapport et des propositions d’amélioration de la prévention des conséquences socialement dommageables du jeu. Pour remplir ce mandat, la CFMJ a lancé deux études. La première vise à apprécier l’évolution des habitudes de la population suisse par rapport aux jeux de hasard (étude de prévalence), alors que la seconde a pour but d’évaluer les coûts sociaux engendrés par l’ouverture des maisons de jeu.

Afin de mener à bien l’étude de prévalence "Jeux de hasard : comportement et problématique en Suisse", 14'393 personnes ont été questionnées sur le thème des jeux de hasard dans le cadre de l’Enquête suisse sur la santé 2007 (ESS). 60.5% des personnes interrogées ont, d’après leur réponse, joué à des jeux de hasard au moins une fois dans leur vie. 41.9% ont joué dans les 12 mois précédents l’enquête. Durant ces 12 mois, 58.5% des participants à l’enquête ont pratiqué un jeu de hasard présentant un risque peu élevé. 1.5% des participants à l’enquête font partie des joueurs à problèmes de même que 0.5% peuvent probablement être considérés comme joueurs dépendants ou pathologiques. Dans l’ensemble, 2.0% des participants présentent un comportement de jeu excessif, c’est-à-dire un comportement problématique ou probablement pathologique face aux jeux de hasard.

En regard de la population suisse dès 15 ans, environ 34'900 personnes peuvent être considérées comme des joueurs probablement dépendants ou pathologiques. S’agissant du comportement de jeu, au moins 85'700 personnes montrent des signes problématiques, 3'664'900 personnes des risques peu élevés et 2'401'200 personnes ne jouent pas. Au total, environ 120'600 personnes présentent un comportement de jeu excessif. Les estimations de prévalence pour la Suisse sont relativement stables. D’une part, il n’y a que peu de changement sur la durée. D’autre part, en comparaison avec ESS 2002 ou d’autres études menées en Suisse, aucun indice marquant une augmentation ou une diminution du comportement face au jeu de hasard n’a été mis en exergue.

La seconde étude, "Coûts sociaux du jeu de hasard dans les maisons de jeu", a été menée par le Bureau d’étude de politique du travail et de politique sociale BASS AG. Sur la base de l’ESS 2007, il a calculé une prévalence annuelle (population dès 18 ans) de 0.3% pour les joueurs de casino problématiques et de 0.13% pour les joueurs de casino pathologiques. Ces chiffres correspondent à environ 13'535 personnes à comportement problématique et 6'095 à comportement pathologique (soit 19'360 personnes avec des problèmes de jeu en casino ; CI 95 : 11'597 – 27'663). D’après l’ESS 2007, près de 20% des personnes identifiées comme ayant un comportement problématique ou pathologique jouent dans les casinos.

Les problèmes de jeux de hasard liés aux casinos ne pèsent pas uniquement sur les personnes concernées. Les milieux familiaux et sociaux y sont également associés. Sur la base d’une enquête auprès des personnes exclues des jeux, différentes conséquences du jeu problématique en casino ont pu être étudié, concernant notamment la situation financière et l’endettement, la perte des capacités de travail, les conséquences sur la famille et l’environnement social, les effets sur la santé, la criminalité en vue de l’obtention d’argent et les besoins de consultation et de traitement.

Une comparaison entre les coûts des jeux de hasard dans les casinos et d’autres problèmes a donné les résultats suivants (pour lesquels, sur la base des différentes approches des études et des problématiques, des comparaisons sont généralement difficiles à établir) : l’addiction générée par les jeux de hasard dans les casinos représente un coût tangible par cas pareil à celui du tabac. Son coût se situe clairement en dessous de celui de l’alcool (env. 6‘800 Fr. de coût tangible par cas), mais cela est dû au fait que l’addiction à l’alcool engendre des coûts directs et indirects plus grands pour la santé. Par rapport à la relativement faible population concernée, environ 20'000 personnes, les coûts sociaux des jeux de hasard en casino sont de manière générale nettement plus bas que ceux du tabac (env. 2 mio. de personnes concernées) et de l’alcool (env. 360'000).

Comparaison des coûts

Jeux de hasard - Casinos

Tabac

Alcool

Total (en mio.de CHF)

 

 

 

Coûts directs

8.6

1'367.7

808.9

Coûts indirects

49.8

4'299.4

1'631.7

Coûts intangibles

n.a.

5'599.3

4'775.7

Coûts sociaux

58.5

11'266.4

7'216.3

Nombre de personnes

19'630

1'950'000

357'000

Valeur par tête (CHF)

 

 

 

Coûts directs

439

701

2'266

Coûts indirects

2'539

2'205

4'571

Coûts tangibles

2'979

2'906

6'836

Coûts intangibles

n.a.

2'871

13'377


Source: calculs BASS; Vitale et al. 1998, 93; Jeanrenaud et al. 2003, IX

Etant donné qu’il s’agit dans les deux études de projections, les données présentées ne doivent être considérées que comme des estimations. Cependant, sur la base des différents résultats des études, il est possible de déduire que la problématique de l’addiction aux jeux et les coûts sociaux en résultant ne disparaîtraient pas même s’il n’y avait aucune offre de jeux de hasard par les casinos en Suisse. Selon l’ESS 2007, 80% des personnes ayant un problème d’addiction au jeu jouent hors des casinos (Internet, loteries, poker, etc.). Il n’existe pour l’instant aucune estimation des coûts sociaux en résultant.

L’étude sera disponible dès le lundi 29 juin 2009 sur le site www.esbk.admin.ch.

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vers le haut Dernière modification 26.06.2009

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