La démocratie directe, c’est la responsabilité directe

La présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Chères concitoyennes, chers concitoyens, Mesdames et Messieurs,

Lorsque j’ai été invitée à participer à cette fête du 1er août au Grütli, les organisateurs m’ont dit que je pouvais amener quelqu’un avec moi, et que j’étais absolument libre de choisir cette personne, sans restriction aucune. L’idée m’a séduite et c’est ainsi que je me trouve aujourd’hui parmi vous, sur cette prairie du Grütli.

Quelques mois plus tard, je me suis demandé qui je pouvais inviter.

Une lauréate du prix Nobel de la paix ? Un chef de gouvernement ? La plus jeune présidente d’une commune de Suisse ? Pour témoigner de l’hospitalité de la Suisse, j’aurais pu convier un représentant d’un pays voisin.

  • Le président de la République française est cependant déjà venu en Suisse cette année.
  • Madame Merkel viendra en septembre.
  • Quant à Matteo Renzi, il lui est difficile de s’absenter avant la grande pause du 15 août.
  • J’ai bien pensé aussi à l’Européen Jean-Claude Juncker qui aurait pu représenter tous nos voisins. Mais imaginez un peu, après le serment du Grütli, le bisou du Grütli ? Non, ce n’était pas possible.

Je me suis alors souvenue d’une invitation que j’avais moi-même reçue ce printemps, et dont je me permets de vous lire quelques lignes :

« Madame la Présidente de la Confédération,
Mon amie Nadine Wüthrich et moi-même, Debora Ticli, sommes en 9e à l’école Kreuzfeld de Langenthal. Nous souhaitons inviter une personne qui, dans son métier, s’engage pour les autres. Votre venue serait traitée confidentiellement et les médias n’en seraient pas informés. »

Voilà qui me semblait intéressant, et la dernière phrase de la lettre acheva de me convaincre :
« L’école prendrait en charge vos frais de déplacement. »

Quelques semaines plus tard, je me suis donc rendue à Langenthal, où j’ai été très chaleureusement accueillie. Les élèves m’ont posé des questions sur la politique énergétique, sur les procédures de naturalisation des étrangers, et sur l’avenir de nos relations avec l’Europe.

Je leur ai dit qu’ils avaient 16 ans et que lorsqu’ils pourraient voter, dans deux ans, ce serait sans doute précisément sur ces questions qu’ils auraient à se prononcer.

  • La Suisse doit-elle miser sur les énergies renouvelables plutôt que sur l’énergie nucléaire ?
  • Doit-on faciliter la naturalisation pour les étrangers de la troisième génération ?
  • Comment réglons-nous les relations entre la Suisse et l’Union européenne ?

Je crois qu’un grand nombre de ces jeunes a pris conscience, à ce moment, que dans une démocratie directe, leur avis compte.

Je pense souvent et avec plaisir aux discussions que j’ai eues avec ces jeunes filles et garçons, intéressés par le monde dans lequel ils vivent et qui bientôt participeront aux décisions concernant l’avenir de notre pays. Cette rencontre m’a aussi beaucoup apporté.

C’est la raison pour laquelle Debora Ticli, qui m’a invitée dans son école, est aujourd’hui mon invitée. Et son amie Nadine Wüthrich est aussi avec nous aujourd’hui au Grütli.

Debora est mon invitée parce qu’à 16 ans, elle vit déjà ce qui est l’essence de notre démocratie directe : elle s’intéresse de près à des questions politiques, elle se forme une opinion, elle s’ouvre au débat et elle défend cette opinion. Debora veut participer aux décisions qui engagent notre avenir et transforment notre pays. En d’autres termes, elle est prête à assumer ses responsabilités de citoyenne.

Chères concitoyennes, chers concitoyens, nous serons amenés, ces prochaines années, à prendre des décisions politiques déterminantes pour notre avenir.

  • Que faisons-nous concrètement pour lutter contre le réchauffement climatique ?
  • Comment assurons-nous la pérennité de l’AVS et des autres assurances sociales ?
  • Comment réglons-nous nos relations avec notre principal partenaire commercial, l’Europe, pour que ces relations soient stables et sûres, et pour mettre un terme à l’incertitude actuelle ?

Quand nous parlons d’Europe, il y a une chose que nous ne devons jamais oublier.

La paix qui entoure notre pays depuis 70 ans ne va pas de soi. Jamais encore l’Europe centrale n’a connu une si longue période sans guerre.

Cela signifie que nous n’avons pas défendu notre prospérité et notre liberté contre l’Europe, mais que le développement que nous avons connu n’était possible que dans le contexte d’une Europe en paix.

Nous aurons toujours besoin d’une économie saine – et donc de bonnes relations avec nos voisins – car ce n’est que dans ces conditions que la Suisse peut réussir les grands projets de réforme qui l’attendent ces prochaines années.

Il faut aussi que notre pays pratique une culture politique orientée vers la recherche de solutions.

Le Conseil fédéral doit régulièrement trouver un terrain d’entente et montrer sa disponibilité à la concordance. Le Parlement doit sans cesse chercher des compromis.

Le compromis est l’aboutissement d’un dur travail politique. Dans la démocratie directe, il est aussi, avant tout, un signe de force, et non de faiblesse.

Notre démocratie directe ne peut fonctionner que si nous partageons une culture politique soutenue par une large majorité. Le seul principe qui peut guider cette culture politique est celui de la responsabilité : la démocratie directe, c’est la responsabilité directe.

Agir de manière responsable, c’est savoir qu’une initiative populaire ne doit pas être détournée de son but pour donner un signal politique. Une initiative populaire vise à modifier notre Constitution fédérale. Et notre Constitution, le texte fondamental de notre démocratie, ne saurait être rabaissé au niveau d’un simple recueil de signaux politiques.

Agir de manière responsable, c’est aussi, au moment de prendre une décision politique, penser aux minorités dans notre pays, à toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas, ou pas encore, exprimer leur suffrage.

Agir de manière responsable, enfin, c’est aussi penser que la Suisse n’est pas une île, mais un pays solidaire, entretenant des liens avec le reste du monde.

Chères concitoyennes, chers concitoyens, prenons donc soin de notre démocratie directe et disons aux jeunes qu’il n’y a pas de place dans notre société pour le racisme et la xénophobie. Transmettons aux jeunes générations les valeurs humaines et la culture politique qui sont nécessaires au bon fonctionnement de notre système politique unique.

Je me réjouis que Debora soit aujourd’hui mon invitée. Debora veut assumer ses responsabilités de citoyenne et participer aux décisions concernant notre pays. Elle représente, avec des milliers d’autres jeunes, l’avenir de la Suisse.

Ne regardons pas l’avenir avec crainte. Ce qui fait avancer notre pays, c’est l’ouverture, le courage et la confiance.

Chères concitoyennes, chers concitoyens, j’ai la joie et l’honneur de vous transmettre, avec mon invitée, les salutations et les meilleurs vœux du gouvernement fédéral.

Dernière modification 01.08.2015

Début de la page